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Pénurie de médicaments-Journal de 20h de TF1 le 24 mai 2019

Sujet du 20h sur la pénurie des médicaments à la 9ème minute

 

Entre 2008 et 2018, le nombre de médicaments signalés comme manquants a été multiplié par dix, selon l’Agence nationale de sécurité du médicament et des produits de santé (ANSM). Cette pénurie concerne plusieurs centaines de médicaments (530 en 2017), affectant des pathologies courantes mais aussi certains pathologies graves comme la maladie de parkinson (Mantadix) et certains anticancéreux (vessie, colorectal, ovaires, leucémie…).

Les pénuries récentes de deux corticoïdes – la prednisone et la prednisolone -, utilisés pour les maladies comportant une composante allergique et inflammatoire qui touchent des millions de Français (sclérose en plaque, rhumatisme articulaire, sinusite, otite, crises d’asthmes…), ont montré que loin de s’estomper ce phénomène prenait de l’ampleur.

Une sanction du marché suite à des baisses de prix récurrentes

Les Pouvoirs Publics tentent de rassurer et de dédramatiser la situation. L’ANSM évoque des difficultés liées à la production qui ont-elles-mêmes plusieurs causes : « retard de fabrication, incidents de production, capacité de production insuffisante… ». Si toutes ces causes peuvent arriver dans tout processus de production dans d’autres secteurs, les autorités masquent un malaise profond pour le marché pharmaceutique français : la France n’est plus prioritaire dans le circuit de distribution de multiples laboratoires.

Cette situation est elle-aussi à plusieurs causes mais deux facteurs sont prédominants :

  • L’accès au marché pour les innovations thérapeutiques est nettement moins favorable en France que dans des pays comparables comme l’Allemagne ou l’Italie. A titre d’exemple, le délai entre l’AMM et la commercialisation des innovations est de 106 jours en moyenne en Allemagne contre 500 jours en France (hors ATU).
  • La baisse récurrente de prix ces dix dernières années sur les médicaments. S’il est normal que le prix des médicaments baisse au cours du temps lorsqu’un médicament perd de sa valeur thérapeutique au profit de produits innovants d’une part et tombe dans le domaine public d’autre part, la logique dominante de ces baisses de prix a été de rentrer dans les clous de l’ONDAM.

La baisse de prix des médicaments est le moyen le plus sûr d’obtenir en temps voulu la baisse de dépenses d’un budget sanitaire. L’Administration de la santé française ne s’est donc pas gênée pour utiliser ce levier de maitrise budgétaire. Alors que les économies générées par la baisse des prix étaient de l’ordre de 450 millions d’euros par an avant 2013, elles ont été en moyenne de 900 millions d’euros à partir de 2013. Si on y ajoute les autres moyens de baisse des dépenses sur les médicaments, la filière porte autour de 1,6 à 1,8 milliard d’euros d’économie chaque année sur le budget de l’assurance maladie (soit 50% des économies annuelles pour 16% des dépenses publiques totales).

La question des corticoïdes appelle aussi une remarque sur l’évolution de la rémunération des pharmaciens qui a été largement déconnectée du prix des médicaments. Si cette évolution est salutaire pour faire évoluer le métier du pharmacien vers un rôle de prestataires de services de santé plutôt que vers celui de commerçant, il a des effets pervers. Le premier d’entre eux est de laisser libre cours à un écrasement des prix des médicaments courants qui affaiblit l’attractivité de notre marché pour les laboratoires.

A titre d‘exemple, le Solupred 20 mg est vendu en PPTTC 4,33€ dont 1,53 € d’honoraires de dispensation pour le pharmacien.

La solution n’est certainement pas dans le traitement des symptômes de cette crise pharmaceutique comme la création d’une structure publique de production mais dans la création d’un environnement attractif dans toute la chaine du médicament, de la recherche fondamentale à la distribution.

Pour cela, tous les acteurs de la filière sont à mobiliser autour d’une réforme systémique de la gouvernance et du financement du médicament pour sortir de cette situation inquiétante pour la France, qui a encore des marges de dégradation.

 

Frédéric Bizard

 

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