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Plan de relance : La santé au cœur de la nouvelle économie !

Le gouvernement présente son plan de relance de l’économie française visant à « préparer la France de 2030 », selon les mots du Président de la République. Plus qu’un inventaire à la Prévert de mesures et moyens destinés à tous, nous devrions donc disposer de choix stratégiques structurants pour relever les défis de la prochaine décennie.

Ces choix sont en réalité dictés par un nouvel ordre économique que la France ne changera pas mais dont elle peut tirer davantage profit qu’elle ne l’a fait à ce jour pour l’ensemble de sa population. Le secteur de la santé, aussi bien pour son industrie que pour ses services de santé, illustre bien nos difficultés à tirer profit de ce nouvel ordre économique (et social).

 

 Retrouver notre leadership européen en santé

La troisième révolution industrielle a conduit à un nouveau modèle économique appelé « nouvelle économie », qui va perdurer et même se renforcer suite à la crise sanitaire. Tout plan de relance, dont la recherche de souveraineté est présentée comme centrale, n’échappe pas à la logique dominante de ce nouveau modèle.

Cette logique s’appuie sur deux piliers. D’abord, des entreprises mondialisées transformées en plateformes largement numérisées ayant pour objectif d’externaliser au maximum leurs opérations, pour ne conserver que ce qu’aucun autre partenaire ne peut faire à leur place. L’espace de jeu est devenu le monde du fait de la logique des rendements croissants (contrairement à l’ancienne économie où ils étaient décroissants). Ensuite, une économie des pays développés qui se concentre sur les services (tertiarisation de l’économie), allant de l’économie de la connaissance en amont avec des emplois très qualifiées à l’économie de l’après-vente en aval avec des emplois peu qualifiés.

L’industrie pharmaceutique, composé de laboratoires qui naviguent dans le cybermonde, reflète ce nouveau modèle. Ainsi, 60% à 80% des principes actifs des médicaments (pas de registres précis sur le sujet) soient produits par les Chinois et les Indiens. Mais 80% de la valeur des exportations de médicaments dans le monde est produite en Europe. En même temps, 90% de médicaments produits en Chine ne sont que des copies, dits génériques. L’Europe du médicament se porte très bien en matière de recherche et de production pharmaceutique, elle domine le monde… à l’exception d’un pays malade, la France.

Parce que la France a raté le virage des biotechnologies dans les années 2000, elle est devenue en quelque sorte la Chine de l’Europe, reine de la production des vieux médicaments. Sur 61 molécules approuvées en Europe en 2019, la France est en 6eme position avec 5 molécules produites sur notre territoire, contre 20 en Allemagne. Fin des années 2000, la France était première. Sans repositionnement stratégique rapide verts les médicaments innovants (montée en gamme), notre industrie pharmaceutique continuera inexorablement son déclin en Europe. Concurrencer les pays émergents en ne comptant que sur la baisse de nos coûts de production est une impasse.

Même habillée de souveraineté nationale, la relocalisation de la production du paracétamol ne changera donc pas la donne, bien au contraire. Une théorie issue de l’ancienne économie est toujours valable, celle des avantages comparatifs, qui incite les pays à se spécialiser dans certains secteurs.  Les innovations thérapeutiques faisaient partie de nos spécialisations stratégiques, impactant positivement tout notre écosystème sanitaire.

La souveraineté sanitaire ne repose pas sur les médicaments du passé mais sur ceux de l’avenir, elle dépend autant de la force de la R & D que de la production. Les laboratoires produisent de préférence là où les molécules sont découvertes et développées.

 

 Le paradoxe de Solow non résolu en santé en France

Nous sommes encore au cœur de la troisième révolution industrielle démarrée dans les années 1970 avec le projet Arpanet du Pentagone américain. Comme les deux premières, celle de la machine à vapeur dans les années 1770 et de l’électricité dans les années 1870, la révolution internet se développe sous forme de grappes d’innovations selon la logique schumpétérienne 50 ans après ses débuts.

Une spécificité de cette révolution est, malgré une extension rapide de ses usages, de ne pas avoir générer spontanément une croissance de la productivité, phénomène appelé paradoxe de Solow. Dans les années 80, l’économiste Prix Nobel Robert Solow constatait « qu’il voyait l’âge de l’informatique partout sauf dans les statistiques de productivité ». En effet, il a été démontré ensuite, notamment par Philippe Askenazi, que les gains de productivité issus de cette révolution ne provenaient pas directement de la technologie mais de la restructuration (du re-engineering) des entreprises. L’innovation technologique n’est donc qu’un levier pour transformer les organisations et les rendre plus productives et prospères.

Le déclin de notre système de santé est une bonne illustration de ce phénomène. Alors que la France a lancé quatre plans Numérique Santé et investi massivement dans les nouvelles technologies de santé depuis 2000, les Français constatent une sensible dégradation du service rendu. Tant d’innovations technologiques pour si peu de bénéfices concrets pour l’humain ? Comment résoudre ce paradoxe ?

Cette révolution industrielle condamne les organisations sans vision stratégique, sans approche systémique de refondation pour s’adapter aux nouveaux enjeux. C’est le cas de la santé en France. A défaut de restructuration, les milliards investis en nouvelles technologies de santé génèrent peu de valeur, confirmant le paradoxe de Solow. Nous verrons si le Haut-Commissaire au Plan change la donne mais la myopie de l’Etat dans les enjeux du nouveau monde est un boulet à supprimer.

La France a globalement bien géré la première phase de sauvetage de l’économie après le choc de la Covid19, ce plan de relance apparait davantage comme la deuxième phase (indispensable) de sauvetage. Il reste à imaginer la France de 2030 à travers un grand débat national, sans approche politicienne de court terme.

Il serait judicieux pour au moins trois raisons de prendre le secteur sanitaire comme laboratoire expérimental pour construire cette France de 2030. Il connaît une crise profonde qui menace notre modèle social et pèse sur la croissance, nos atouts relatifs sont encore majeurs et son impact sur la prospérité collective et notre bien-être est colossal !

 

 

Article publié le 3 septembre 2020 dans Le point

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