
Faut-il démanteler les ARS ?
Vision A. Buzyn vs F. Bizard- Revue Pharmaceutiques – Janvier 2026
Deux visions radicalement différentes de l’avenir de la gouvernance de notre système de santé s’affrontent aujourd’hui.
La première défend la préservation du modèle actuel des Agences régionales de santé (ARS), assortie de simples ajustements à la marge, notamment par un renforcement de l’échelon départemental.
Cette vision est portée non seulement par Agnès Buzyn, mais plus largement par la quasi-totalité des anciens ministres de la Santé de ces dernières années (cf. la tribune des onze ministres publiée dans Le Monde), ainsi que par les piliers de la haute fonction publique sanitaire.
Agnès Buzyn propose ainsi de maintenir le système instauré en 2009, en « renforçant le pouvoir décisionnel des délégations départementales des ARS ». Dans ce modèle, l’État continue de décider localement de l’organisation des soins, en concertation avec les élus, mais sans remise en cause de la logique descendante actuelle.
La deuxième vision que l’Institut Santé défend part d’un constat d’échec du modèle existant.
Elle propose une transformation structurelle profonde :
- Un État central réformé centré sur ses missions régaliennes (stratégie à court et long terme de la santé publique, recherche, formation, évaluation)
- Et unedélégation du pilotage opérationnel de la politique de santé (dans le cadre de délégations de service public) aux représentants des acteurs locaux de santé, responsables et autonomes.
Ce clivage repose sur trois désaccords majeurs.
Un désaccord sur le diagnostic
Peut-on encore réussir avec le système actuel des ARS, ou faut-il reconnaître qu’il a échoué à répondre aux défis d’accès aux soins, de démographie médicale et de coordination territoriale ?
Un désaccord sur le rôle de l’État en santé
L’État doit-il intervenir jusque dans l’organisation locale des soins, ou doit-il se concentrer sur ses fonctions régaliennes – stratégie nationale, santé publique, régulation, évaluation – et faire confiance aux acteurs de terrain en les responsabilisant
Un désaccord sur l’agencification de l’État régalien
Faut-il renforcer encore les ARS, en particulier à l’échelon départemental, ou au contraire clarifier les rôles en supprimant cet étage administratif, l’intervention directe de l’État étant assurée par les préfectures ?
Ces deux visions ne sont ni compatibles ni conciliables dans la perspective de l’avenir de notre système de santé.
Elles sont toutes les deux respectables, mais un choix politique clair devra être fait.
Ce choix devra intervenir en 2027.
Chacun peut d’ores et déjà se positionner.
