La journée de solidarité : pis-aller ou financement durable du grand âge ?
J’étais interviewé par France Info le 25 mai à l’occasion du lundi de Pentecôte.
L’occasion de remettre ce dispositif en perspective.
Retour aux origines
La journée de solidarité est née au lendemain de la canicule de 2003, qui avait causé 15 000 décès – majoritairement des personnes âgées isolées. Un drame qui avait révélé l’archaïsme de la prise en charge du grand âge en France.
Son mécanisme : 7 heures de travail non rémunérées pour les salariés, une cotisation patronale (CSA à 0,3%), et une assiette limitée aux seuls salariés du privé et du public – les 5 millions d’indépendants en sont exemptés.
Le montants dont on parle:
3,48 Mds€ collectés en 2025
-120 M€ prévus en 2026
Soit 8% seulement du budget public dépendance
Ce recul illustre une fragilité structurelle : un financement assis sur la masse salariale, dans un contexte où les indépendants progressent de +5%/an, et où la population active va stagner dès 2030, puis diminuer à partir de 2035.
Ce que la journée de solidarité ne règle pas
Elle génère une activité économique supplémentaire, mais aucun pouvoir d’achat additionnel pour les salariés.
Surtout, elle ne répond pas à la question de fond : comment financer durablement le grand âge en France ?
Cette réforme est l’arlésienne depuis 10 ans.
Toute stratégie viable repose sur trois piliers
1️⃣ Prévention : identifier et accompagner les seniors fragiles en amont
2️⃣ Virage domiciliaire : domicile + résidences services seniors (RSS)
3️⃣ Recentrage des EHPAD sur leur vocation médicalisée
Le discours actuel sur la « transformation des EHPAD en lieux de vie » va précisément à contre-courant de cette logique.
Elle restitue l’idée des maisons de retraite pour tous du début du siècle, c’est peu dire.
💡 Et pour le financement ?
Le modèle Sécurité sociale peut être consolidé par une cotisation sur les 50% de retraités les plus aisés. Avec la montée en nombre des retraités d’ici 2050, cette assiette permettrait d’absorber la hausse des besoins – sans peser sur les actifs, et sans amputer significativement le pouvoir d’achat des retraités.
Ceux qui jugent cela politiquement risqué devraient considérer l’alternative : une réforme équilibrée, qui garantit pour 30 ans la politique du grand âge, a toutes les chances d’être mieux acceptée par les premiers concernés que le déclin accéléré du système actuel.
