Tribune parue dans Les Échos le 18/02/2026
La Cour des Comptes a lancé une alerte en mai 2025 dans un rapport au titre sans ambiguïté : « un financement de la sécurité sociale non assuré à terme, sauf mesures vigoureuses de redressement » .
Elle y évoque un risque de cessation de paiement dès 2027.
La loi de financement 2026 pour cet assureur public créé en 1945, a révélé l’impuissance du Parlement à redresser la trajectoire budgétaire à moyen terme. Malgré plusieurs arrangements comptables, le déficit annuel dépasse les 20 Mrds € pour les quatre prochaines années.
Ainsi, sans réforme structurelle rapide du financement de la santé – responsable de près des trois quarts du déficit total -, la création de près de 100 milliards d’euros de dette sociale supplémentaire en quatre ans condamnerait la viabilité de ce patrimoine commun.
Une question s’impose alors : Peut-on encore sauver la Sécurité sociale ?
L’illusion de la maitrise budgétaire
Un mois après l’adoption de la loi de financement de la sécurité sociale, qui prévoyait un déficit de 19,4 Mrds € en 2026, le Haut Conseil du financement de la protection sociale a déjà révisé ce chiffre au-delà de 20 milliards d’euros. Et si l’on neutralise le maquillage comptable consistant à transférer 5 milliards d’euros des comptes de l’État vers ceux de la Sécurité sociale, le déficit réel dépasse 25 milliards d’euros.
Le budget sécu pour 2026 devait satisfaire des revendications sociales de la gauche, tout en donnant l’illusion d’un redressement après le lourd déficit de 2025 (23 milliards €). Cette équation intenable a conduit à plusieurs accommodements avec la réalité comptable.
Ainsi, le congé de naissance de deux mois, a été « oublié » dans les dépenses de l’assurance maladie, pour un coût de 200 à 300 millions d’euros. La baisse des taxes sur l’électivité (la contribution tarifaire d’acheminement), applicable au 1er février 2026, réduit les recettes de la sécu de 540 millions € par rapport au budget voté. Près de 800 millions d’euros de déficit ont ainsi été négligés, et ce n’est pas la seule anomalie démocratique.
La suspension de la réforme des retraites en 2026 et 2027 devait se faire à condition d’être financée. Cette promesse n’a pas été tenue, pour un coût de plus de 2 milliards € sur la période.
Enfin, les deux piliers du financement de la dette sociale – la CADES, chargée de la dette de moyen terme, et l’ACOSS, qui gère la dette de court terme – approchent désormais leurs limites de financement.
Repenser le financement de la santé en priorité
Sachant que 75% du déficit annuel total prévu dans les 4 prochaines années provient de la branche santé, le sauvetage financier de la sécu passe nécessairement par un redressement rapide et structurel de cette branche santé. La question est donc simple : Est-ce encore possible ?
Les efforts comptables des parlementaires, consistant à freiner marginalement les dépenses ou à accroitre ponctuellement les recettes de l’assurance maladie ne suffisent plus à enrayer la progression du déficit structurel. Pas davantage que les transferts de charges à la marge vers les complémentaires santé, qui ont surtout eu pour effet de faire exploser leurs primes (+20% en 3 ans).
Trois chantiers s’imposent pour rétablir à court terme l’équilibre des comptes publics en santé : le recentrage de l’assureur public sur ses missions régaliennes, un pilotage efficace, transparent et démocratique des comptes, et l’instauration d’une règle d’or imposant l’équilibre financier à moyen terme.
Le premier chantier implique une séparation stricte des périmètres de couverture entre l’assureur public et les assureurs privés. L’assureur public doit se concentrer exclusivement sur la prise en charge des dépenses essentielles de santé, dans un périmètre strictement compatible avec les ressources qui lui sont affectées, ni plus, ni moins. Le privé agit uniquement en assureur supplémentaire, sur des biens et service non financés par l’assureur public.
Les deux autres chantiers nécessitent de confier le pilotage financier de l’assurance maladie à une instance de démocratie sociale et sanitaire. Au nom des Français, cette instance définirait le champ de couverture de l’assureur public, avec une validation annuelle des comptes par le Parlement.
Un de Gaulle et des ordonnances en 2027
L’initiative du Ministère de la santé fin 2025 de commander un énième rapport, sans orientation politique claire, sur l’articulation de l’assurance maladie avec les complémentaires santé illustre l’absence de volonté politique de réforme structurelle.
Le seul espoir réside désormais dans l’élection, en 2027, d’un ou d’une Président(e) de la République visionnaire, soucieux(se) du long terme, faisant du sauvetage de la Sécurité sociale une priorité nationale.
Les échecs des réformes des retraites de 2018 et de 2023 montrent que la « règle des 100 jours » post-élection est nécessaire pour réussir une telle réforme. Le seul véhicule institutionnel adapté à un tel schéma reste celui des ordonnances, utilisé lors des grandes réformes sociales de 1945, 1958, 1967 et 1996.
Ces ordonnances devront intégrer aussi une réforme du financement des retraites et de la dépendance des personnes âgées.
Quatre-vingts ans après sa création, la Sécurité sociale a de nouveau besoin d’un de Gaulle des temps modernes, et d’ordonnances en 2027.

Assurance maladie prend en charge les biens essentiels à la santé ….dans un périmètre restreint…et si les biens essentiels dépassent le périmètre,?? Les complémentaires prennent le supplémentaire qui n.est pas essentiels …ce n’est plus de la santé
Une question reste à régler ..les dépenses de santé sont les recettes des professions de santé ,publics ou privés le mode de dispense des soins n’est pas tjs pertinent les maladies chroniques essentielles des dépenses ne peuvent plus être prises en charge comme les maladies aiguës du siècle dernier
La grande réforme ne peut être que le partage obligatoire et complémentaire