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Pourquoi la refondation de notre modèle social devrait être le juge de paix de cette élection présidentielle !

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François Hollande, comme ses prédécesseurs, a régulièrement loué les mérites de notre modèle social, notamment lors de la cérémonie des 70 ans de la sécurité sociale. Et oui, déjà 70 ans ! Édifié et pensé pour la société industrielle, notre système de protection sociale subit de plein fouet l’évolution de l’environnement économique et social. Plutôt que le vanter, l’ensemble du spectre politique français devrait au moins s’accorder sur l’absolue nécessité de le réformer. En voici les principales raisons (1).

 Parmi les grandes évolutions depuis 30 ans, l’allongement de l’espérance de vie, la mondialisation, l’économie numérique et l’émergence de nouveaux risques sont les principaux défis à relever par le modèle social.

Un modèle social non adapté au vieillissement de la population

De 4% de la population en 1950, les plus de 75 ans en représentent 9 % aujourd’hui et devraient compter pour plus de 16 % de la population en 2060. Les conséquences de ce vieillissement de la population sur le modèle social sont multiples. D’abord, il y a une remise en cause des classes d’âge et de l’approche générationnelle de la société industrielle. Basé sur un cycle à 3 temps formation-travail-retraite (jeune-actif-retraité), le nouveau cycle de vie va étendre et segmenter ces trois temps.

La génération du jeune adulte, nouveau maillon faible de notre société, est marquée par la précarité et le chômage de masse. Pour les actifs, le taux d’emploi chute sensiblement à 55 ans alors que l’âge de la retraite ne cesse de croître et va tendre vers 65 ans. Pour les retraités, une phase active précède une phase inactive voire de dépendance. Face à une telle évolution du cycle de vie, l’intervention de l’État social doit être radicalement repensée pour rétablir une équité intergénérationnelle.

De 4 cotisants pour 1 retraité en 1960, il y en a 1,8 en 2015 et ce sera 1,2 en 2050. Le vieillissement intensif de la population au tournant du nouveau siècle impose de diversifier les sources de financement afin qu’elles pèsent moins sur la masse salariale (75% en 2015). Le vieillissement est une chance économique (silver économie) et sociale, sous réserve qu’on en fasse profiter chaque génération et qu’elle soit source de cohésion sociale.

La triple disruption économique, sociale et sociétale du numérique

La mondialisation et nos erreurs de politique économique depuis les années 80 – en privilégiant le consommateur plutôt que le producteur – ont conduit à une désindustrialisation de notre pays traduite par la perte de deux millions d’emplois industriels depuis 1980. Notre modèle social ayant été bâti pour la société industrielle, ce processus de désindustrialisation rend le modèle inadapté aux nouvelles réalités économiques et sociales. Le passage à une économie de l’innovation a engendré de nouveaux risques que l’État providence ne sait pas gérer.

L’émergence de l’économie numérique bouleverse l’environnement de notre système de protection sociale. Ce dernier a été conçu dans un monde d’emplois salariés stables qui est révolu. Les emplois vont se diversifier, être discontinus et multiformes (durée, lieu, rémunération). La capacité comme le besoin de formation vont être démultipliés.

L’internet et ses usages marquent aussi une forme de rupture de civilisation, une rupture dans la connaissance. Ils facilitent l’autonomie économique et la participation politique. Les effets de cette révolution sont sous-estimés par la classe dirigeante qui associe la crise contemporaine à une crise économique. Rééquilibrons les comptes publics et nous aurons réglé le problème, tente-elle de nous convaincre. Plus qu’une crise, c’est un changement de monde qui s’opère sous nos yeux. La réponse ne peut donc pas être uniquement d’ordre économique, encore moins comptable. Les quelque quatre milliards de personnes qui ont accès à internet avec leurs portables représentent un nouveau monde, qui impose un nouveau modèle social.

Nouveaux risques et nouvelles cibles à protéger

Notre modèle social de 1945 a été pensé à une époque où les risques sociaux étaient de courte durée (maladies aiguës, retraite de moins de dix ans, pas de chômage). Leur allongement (maladies chroniques, 25 ans de retraite en moyenne, chômage de longue durée) change la donne de la gestion de ces risques.

Protéger une personne face à un risque court peut se réaliser sans l’impliquer activement dans sa gestion. L’apport d’un revenu de substitution pendant l’interruption d’activité due à ce risque était l’objectif principal. Les risques courts autorisent la conception de systèmes massifiés, sans distinction des situations et des capacités individuelles. Ils représentent aussi des risques financiers potentiellement plus faibles. Tous ces constats ne sont plus valables dans un contexte de risques longs.

Il faut passer d’une gestion de la protection sociale par l’offre à une gestion par la demande. De simple récepteur de prestations sociales, l’individu doit devenir un acteur autonome de sa protection sociale. L’enjeu pour l’État est de lui apporter tous les moyens nécessaires pour qu’il puisse acquérir cette autonomie, en s’appuyant sur ses capacités individuelles.

L’absence de réforme structurelle de notre protection sociale depuis 1945 a eu comme effet de ne pas adapter nos systèmes sociaux aux enjeux contemporains, les laissant se dégrader. C’est le cas entre autres de notre système de santé, de notre système de protection au travail dont la logique de fonctionnement correspond au monde de 1945. L’effet le plus grave de cet immobilisme est d’avoir laissé se constituer un nouveau maillon faible dans la société française, celui du jeune adulte. Notre pays a réussi l’exploit de sacrifier sa jeunesse pour préserver les avantages acquis par les générations précédentes.

Le jeune n’a plus tant de raison d’avoir confiance dans des institutions qui ne se préoccupent pas de son sort, dans un système politique sans solution concrète pour ses problèmes, dans un système économique dont il est en partie exclu et dans un système social qui le stigmatise et l’assiste plus qu’il ne le valorise et le reconnaisse à sa juste valeur.

L’aveuglement de nos élites a éteint les moteurs de l’ascenseur social, faisant du rêve français, celui de la méritocratie républicaine, une chimère réservée aux générations précédentes.

Rien n’est définitivement joué mais il y a urgence !

 

Frédéric Bizard

 

(1) Voir Le livre « Protection sociale : Pour un nouveau modèle », Dunod, Mars 2017

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