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Relance de la natalité en France : mortalité infantile et avenir des jeunes, les vrais leviers oubliés !

Two babies are sitting on the floor of their preschool room and playing with toy blocks.

Un rapport parlementaire publié le hier 11 février propose une série de mesures pour relancer la natalité, dont une allocation de 3 000 € par an au premier enfant, un congé parental mieux rémunéré… pour un coût annuel de 5 à 10 Mrds € par an pour la sécurité sociale.

Nul doute que certaines mesures ont un intérêt même si aucun benchmark international ne vient nous confirmer l’efficacité de ces mesures.

Deux sujets majeurs sont curieusement ignorés, et la priorité donnée à une hausse des dépenses publiques (non financées),  dans un contexte de quasi-faillite de notre sécurité sociale, selon la Cour des Comptes, peut surprendre.

 

Réduire la mortalité infantile : un impératif oublié

Mieux protéger les enfants déjà désirés est un impératif.

Avant de chercher à convaincre des jeunes couples qui ne souhaitent pas avoir d’enfant, il serait plus efficace et plus juste de sécuriser le parcours de la natalité pour ceux qui en veulent.

Or, en quinze ans, la France a chuté dans les classements européens en matière de mortalité infantile, révélant l’échec des plans de périnatalité successifs et la dégradation de la qualité de notre système hospitalier.

En 2024, 2 700 enfants de moins d’un an sont décédés en France, soit 4,1 décès pour 1000 enfants nés vivants.

Un enfant sur 250 et plus de 7 enfants par jour meurent en France la première année de son existence.

Le taux de mortalité́ infantile a sensiblement augmenté passant de 3,5 ‰ en 2011 à 4,1‰ en 2024. Ce taux était de 3,7 ‰ en 2016 et en 2020, ce qui montre une détérioration inquiétante de cet indicateur ces  cinq dernières années.

Les inégalités sociales sont fortes : le taux de mortalité infantile est 60% plus élevé pour une ouvrière par rapport à une cadre.

Un déclassement européen

Depuis 2015, la mortalité infantile en France est supérieure à la moyenne européenne (3,3‰)  , alors qu’elle était l’une des plus basses d’Europe à la fin du XXème siècle.

En 2010, la France (3,6‰ ) performait mieux que la moyenne de l’Union européenne (4‰), mais moins bien que l’Allemagne (3,4‰ ), l’Espagne (3,2‰), la Suède (2,5‰ ) et la Finlande (2,3‰ ). En 2020, la France est restée à son niveau de 2010, alors que tous les autres pays se sont améliorés.

Même les pays scandinaves qui performaient le mieux à la fin du XXème siècle (à 4‰) ont continué́ ces vingt dernières années à faire baisser cette mortalité́, pour atteindre les 2‰ en 2020.

La France en 2023 performe comme les pays scandinaves en 1993 en matière de mortalité infantile.

Il faut revoir l’organisation de la périnatalité en France, notamment en revalorisant sensiblement le métier de sage-femme.

Un levier immédiat et mesurable

Si la France avait la même performance que la moyenne européenne en mortalité́ infantile, soit 3,3‰ au lieu de 4,1‰, sur la base des 660 000 naissances de 2024, le nombre de décès la première année de vie serait de l’ordre de 2180 et non plus 2 700, soit 520 décès de moins par an, 5200 sur dix ans.

Ces décès évitables ont des coûts sociaux et démographiques directs importants :

–  A l’échelle individuelle, c’est autant de traumatismes familiaux liés à̀ la perte d’un enfant ;

–  A l’échelle collective, c’est un effet négatif sur :

En France, un référentiel public de 2013 a proposé une valeur de référence d’environ 3 M€ (en euros 2010) pour la valeur statistique de la vie (VSL) (1).

A l’international, une méta-analyse OCDE donne des VSL moyennes de l’ordre de 7,1 à 8,5 M€ pour les pays à hauts revenus (2) .

En actualisant le référentiel présent selon l’inflation la valeur 2010 de la VSL, on obtient un coût économique indirect d’un décès d’un enfant de moins d’un an en 2025 de l’ordre de 3,8 M€, soit un coût global annuel de l’ordre de 2 Mrds € par an(3).

Ces coûts sont si importants que l’OMS et l’OCDE considèrent la mortalité́ infantile comme un indicateur clé du développement. On peut en déduire que c’est un levier de déclassement pour la France pami les pays développés si notre pays ne redresse pas cet indicateur.

 

Améliorer la situation actuelle et la perspective économique des jeunes adultes

Une jeunesse sous pression

Le taux de chômage des jeunes en France est de nouveau en hausse pour atteindre 21,5% fin 2025, un des taux les plus élevés en Europe (moyenne de 14%).

La baisse des dépenses publiques associée à une baisse des impôts sur les ménages et les entreprises serait un message probablement plus puissant et efficace pour que les jeunes adultes repressent confiance dans l’avenir, qu’une hausse non financée de dépenses sociales publiques.

L’Assemblée nationale a voté fin 2025 la suspension de la réforme des retraites, sans en assurer le financement, avec un déficit annuel pour les 4 prochaines années de plus de 20 Mrds €, soit une dette sociale générée d’ici à 2029 de 100 Mrds €.

Un budget social centré sur les séniors, plombé par les dettes et dont la mesure principale est de partir plus tôt à la retraite.

Pas d’enfant sans confiance dans l’avenir

Ce rapport parlementaire semble ignorer une réalité simple : dans un pays où les enfants meurent davantage, où les jeunes peinent à travailler, et où l’avenir est grevé par la dette sociale, se projeter sereinement avec des enfants devient mission impossible.

Penser que nous allons relancer la natalité en France avec un peu de dépenses publiques supplémentaires est une erreur de diagnostic, déconcertante voire affligeante.

Relancer la natalité ne se résume pas à distribuer des allocations.

Cela suppose d’abord de protéger les naissances, de sécuriser les parcours de vie et de redonner une perspective crédible aux jeunes générations.

 

(1) Éléments pour une révision de la valeur de la vie humaine. – Rapports & documents – Commissariat général à la stratégie et à la prospective – Avril 2013

(2) Mortality risk valuation in Policy Assessment – A global meta-analysis of value of statistical life studies – OECD – 1 October 2025

(3) Bases du calcul : IPC moyen 2010 : 94,715 (base 2015), IPC 2025= 120,954, Facteur= 1,277 – VLS 2025= 3 M€ * 1,277= 3,83 M€ ; Nombre de décès évitables : 520 ; Coût global = 1976 M€ + coût directs.

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