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Franchises : faire payer les plus vulnérables pour éviter de réformer le système – France Info – Le 23 juillet 2026

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La promesse de ne pas être mis en risque financier quand on est très malade n’est plus tenue.

Le gouvernement de Sébastien Lecornu choisit de cibler les « gros consommateurs » de soins. Mais qui sont-ils réellement ?

Des malades, souvent âgés de plus de 75 ans, atteints d’un cancer, d’une insuffisance rénale ou d’une insuffisance cardiaque. Les 5 % de patients qui concentrent 51 % des dépenses ne sont pas des consommateurs excessifs : ce sont les personnes les plus gravement malades.

Les classes populaires et moyennes sont surreprésentées dans ce groupe. Ce sont pour l’essentiel des retraités polypathologiques, avec une pension inférieure à 1 500 euros.

Sans capacité d’épargne, le seul arbitrage possible face à cette mesure est de renoncer aux médicaments les plus coûteux pour échapper à la franchise. S’ensuivra une dégradation de leur état de santé — et des dépenses futures bien plus lourdes.

Leur demander un effort financier supplémentaire ne comblera pas le déficit structurel de l’Assurance Maladie, supérieur à 15 milliards d’euros (16 en 2025, 18 prévus en 2029).

En revanche, le coût sanitaire, social et politique sera considérable, à quelques mois de l’élection présidentielle.

La contradiction avec la politique menée depuis 2018 est saisissante :

➡️ En 2018, le « 100 % Santé » visait à supprimer le reste à charge sur les lunettes, les soins dentaires et les audioprothèses.
➡️ En 2026, le gouvernement augmente le reste à charge des patients atteints de cancers et d’autres pathologies graves.

La logique solidaire au cœur du modèle de 1945 est remise en cause par ce type de décision. Le système protège de moins en moins bien ceux qui ont le plus besoin d’être protégés.

Activer les vrais leviers de maîtrise de la dépense

La dérive de nos dépenses de santé s’explique par trois causes structurelles :

1️⃣ L’échec du virage préventif. Les affections de longue durée concernent aujourd’hui 20 % de la population et pourraient en toucher 25 % en 2035. Elles expliquent déjà 80 % de la hausse des dépenses publiques et les deux tiers du stock.

2️⃣ Un retard technologique qui pèse sur la productivité. Faible automatisation, charges fixes élevées, effet Baumol : notre système mobilise toujours plus de ressources sans gains de productivité suffisants. Le retard de numérisation, et maintenant d’usage de l’IA, génère des surcoûts évitables.

3️⃣ Des coûts administratifs exorbitants. La gestion absorbe 16 milliards d’euros par an, soit 6 % des dépenses de santé, contre environ 3 % en moyenne en Europe. Le système de financement à deux étages assurantiels en est largement responsable, en plus de la cause précédente.

Tant que ces trois causes ne seront pas traitées, le déficit de l’Assurance Maladie restera hors de contrôle : plus de 15 milliards d’euros aujourd’hui, 18 milliards prévus en 2029.

Le gouvernement écope la mer avec une petite cuillère.

Le doublement du plafond de la franchise est la pire des mesures paramétriques, puisqu’elle ne pèse que sur les plus vulnérables.

Inefficace économiquement, profondément injuste socialement — c’est une énorme erreur politique à quelques mois de la présidentielle, ou un énorme cadeau pour les oppositions, selon le camp où l’on se place.

 

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