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Budget social 2027 : le coût du renoncement !

Le projet de loi de financement de la Sécurité sociale 2027 (PLFSS 2027) prévoit de ramener le déficit de 22 à 13 milliards d’euros en un an. Si la nécessité de revenir à l’équilibre budgétaire ne devrait pas faire débat, le sujet est la méthode.

Le gouvernement accumule des ajustements paramétriques à court terme, dont 5,6 Md € pour les retraités, plutôt que d’engager des réformes structurelles pérennes. Sans même redresser durablement la trajectoire : le déficit repartirait à la hausse dès 2028, pour atteindre 17 milliards en 2030.

Cette situation a logiquement conduit l’Assemblée nationale a massivement rejeté le texte en première lecture le 23 octobre 2026 (115 voix vs 1).

 

Dix années de renoncements aux réformes structurelles

En matière de retraites, la France a échoué à transformer son système avant de renoncer à en assurer l’équilibre. En 2020, l’abandon de la réforme universelle à points a mis fin à l’ambition de construire un système plus lisible, plus équitable et capable de s’adapter aux évolutions démographiques et économiques.

En 2025, le pouvoir politique a franchi une nouvelle étape en décidant de suspendre la montée en charge du report de l’âge légal à 64 ans, pourtant voté en 2023. Le coût de la suspension était estimé à 1,8 Md€ en 2027, avec des effets croissants les années suivantes. Pour éponger ces arbitrages non assumés, l’État se trouve désormais contraint de recourir à la facilité du gel arbitraire des pensions.

En santé, le constat d’une décennie de gestion du risque sans réforme de fond est encore plus saisissant. Aucun changement structurel n’a permis de passer d’un système centré sur le curatif à un modèle de santé globale, fondé sur la prévention, les soins primaires, et la gestion des risques tout au long de la vie. Le retard dans l’intégration des innovations technologiques a aggravé la perte d’efficience.

Dans le même temps, l’étatisation de la gouvernance s’est renforcée, à travers la CNAM, les ARS et les directions hospitalières, au détriment de l’autonomie des acteurs, de leur responsabilisation et de l’innovation organisationnelle. L’architecture aberrante de deux financeurs assurantiels pour une même prestation a été renforcée.

Enfin, dans le domaine du grand âge, la France a persisté dans un modèle centré sur l’Ehpad plutôt que sur la prévention de la perte d’autonomie et le maintien à domicile. Malgré les promesses d’une loi Grand Âge et les alertes démographiques, aucune réforme systémique n’a organisé la transition vers un véritable parcours de l’autonomie. Les aidants et les services à domicile demeurent les laissés pour compte, alors que l’investissement précoce sur les séniors fragiles permettrait de retarder les situations de dépendance lourde et les dépenses qui les accompagnent.

Dans ces trois domaines, le même choix prévaut : préserver les modèles existants, reporter les transformations et compenser leur inefficience par des ajustements financiers successifs.

Le coût du renoncement illustré par le PLFSS 2027

Le budget social 2027 illustre concrètement le coût économique et social de cette politique du renoncement.

Premier coût : le gel des pensions. Pour quelque neuf millions de retraités dont la pension de base dépasserait le seuil de 1 260 euros, la désindexation représente une économie budgétaire de 4 milliards d’euros selon le Gouvernement. Mais une économie pour la Sécurité sociale est une perte de revenu pour les retraités. Elle touche particulièrement les classes moyennes, trop aisées pour bénéficier des mécanismes de solidarité et trop modestes pour absorber sans conséquence une baisse durable de leur pouvoir d’achat.

Deuxième coût : la hausse du coût de la santé. Près de 3 milliards d’euros de charges seraient reportés sur les complémentaires santé en 2027, à travers les transferts de remboursements et la prolongation d’une contribution exceptionnelle. Les assurés les retrouveront dans leurs cotisations.

Un euro de prestation transféré par l’Assurance maladie coûte 1,25 euro à l’assuré, une fois pris en compte les frais de gestion et les taxes.

Le transfert ne réduit donc pas la dépense de santé : il en renchérit le financement. Les cotisations individuelles des retraités pourraient progresser de 8,3 % en 2027. À cela s’ajoute le relèvement des plafonds de franchises et de participations forfaitaires, qui frappe directement les personnes consommant le plus de soins.

Pour un retraité de la classe moyenne percevant 1 600 euros mensuels, la perte annuelle directement imputable aux mesures du PLFSS est de 302 euros.

En intégrant l’inflation et les évolutions complémentaires des revenus et des primes, la baisse réelle de pouvoir d’achat atteint 489 euros, soit 2,5 % de son revenu annuel. Pour un retraité dont les dépenses contraintes absorbent déjà 80 % du budget, cela représente une réduction d’environ 12 % de son « reste pour vivre ».

Troisième coût : la réduction de 250 millions d’euros des dépenses d’allocation personnalisée d’autonomie (APA). La révision des barèmes de participation à l’APA à domicile risque de faire supporter davantage de dépenses aux personnes âgées dépendantes et à leurs familles. Voilà un paradoxe supplémentaire : après avoir renoncé à prévenir la perte d’autonomie, on renchérit le coût de son accompagnement à domicile, alors même que celui-ci devrait constituer la priorité stratégique.

Le gouvernement présente ces mesures comme autant d’économies.

Mais il ne s’agit pour une large part que de transferts de charges.

Les dépenses ne disparaissent pas : elles passent du budget social vers celui des ménages.

De plus, ces économies peuvent devenir contre-productives. La baisse de la consommation des retraités, le renoncement aux soins et l’aggravation de certaines situations de dépendance risquent de dégrader à la fois la croissance et les finances publiques. La contraction potentielle de leur consommation en 2027 serait de l’ordre de 4,2 milliards d’euros, avec un effet négatif de 0,10 à 0,17 point de PIB sur la croissance.

À force de rechercher des économies sur les prestations plutôt que de traiter les dysfonctionnements des systèmes, on finit par dépenser moins pour protéger, sans nécessairement dépenser moins collectivement.

Une remise en cause du contrat social : le remède devient-il pire que le mal ?

Le PLFSS 2027 pose une question fondamentale : à quoi sert une Sécurité sociale financièrement assainie si elle protège mal ceux qui en ont besoin ?

En poussant le raisonnement comptable jusqu’à l’absurde, on pourrait supprimer le déficit de la Sécurité sociale en supprimant progressivement sa mission : garantir à chacun une protection contre les risques de la maladie, de la vieillesse et de la dépendance, et les moyens de vivre dignement.

Or l’équilibre budgétaire n’est pas la finalité de notre modèle social. Il en est une condition de sa pérennité. Lorsque le redressement des comptes se traduit par une érosion du niveau de vie des retraités, une augmentation du coût de l’accès aux soins et une fragilisation des personnes dépendantes, il risque de détruire ce qu’il prétend sauvegarder.

Le contrat social de 1945 repose sur une promesse : protéger les Français contre les conséquences économiques des grands risques sociaux.

En 2027, le risque est que la vieillesse et la maladie redeviennent deux facteurs majeurs de précarisation des classes moyennes.

Ce constat n’a pourtant rien d’une fatalité. Les réformes à conduire sont connues.

Pour les retraites, il faut refonder un système universel, plus équitable et financièrement soutenable, associant des règles communes, des mécanismes d’ajustement démographique, une meilleure prise en compte des parcours professionnels est une extension à tous d’une part de capitalisation. Le but est d‘arriver à une retraite choisie pour tous.

Pour la santé, il faut substituer au modèle curatif actuel un système de santé globale, investissant dans la prévention, réorganisant la gestion du risque en parcours et la responsabilité des acteurs, et réallouant les ressources des dépenses peu pertinentes vers les innovations et les prises en charge à forte valeur sanitaire.

Pour l’autonomie, il faut passer d’une politique de financement de la dépendance à une stratégie de prévention et d’accompagnement des parcours de vie, privilégiant le domicile, soutenant les aidants et organisant les interventions autour des besoins des personnes.

Ces trois transformations ont un objectif commun : améliorer la protection sociale en maîtrisant durablement les dépenses par l’efficience et la réduction du risque, plutôt qu’en diminuant les prestations.

La bonne nouvelle est que nous savons quelles réformes entreprendre.

La mauvaise est qu’à l’approche de 2027, à ce jour, aucun candidat majeur ne semble vouloir faire de cette refondation de notre modèle sociale une priorité politique.

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